Tour d’horizon des programmes natifs vidéos

Roulement de tambour… aujourd’hui, France Inter publie Pop’n’co le labo, un programme natif pensé et conçu pour Youtube et que nous avons produit en interne. Sans recourir à une production externe, c’est notre première proposition en la matière et elle ouvre une nouvelle phase du développement de notre stratégie vidéo.

La première séquence initiée il y a bientôt dix ans consistait surtout à filmer la radio. Nous avons équipé les studios, convaincu les récalcitrants de l’intérêt d’être filmés, formé les équipes techniques. Aujourd’hui se sont en moyenne une dizaine d’heure quotidienne qui est distribuée sur les plateformes vidéos et les réseaux sociaux, et nos audiences numériques (25 millions de vidéos vues par mois en moyenne) sont portées par ces découpes d’antenne.

S‘il était bien naturel au début de focaliser nos efforts sur la transformation en pixels animés des contenus qui pré-existaient au numérique, à la longue, le peu de recul que l’on a des médias sur Internet nous indique sans ambage que les contenus qui fonctionnent le mieux sont ceux conçus, produits et distribués pour le numérique. Cela implique pour un média comme le notre de s’interroger sur son ADN, et d’imaginer comment le transposer dans un espace qui est régi par des formes, valeurs et références propres.

Cette introspection n’est pas aisée à mener pour les médias traditionnels et assez logiquement ce sont les pure players qui ont les premiers imaginé les formats qui fonctionnent le mieux sur Internet. Néanmoins les “vieux” médias ne sont pas en reste et je voudrais vous montrer différentes incursions de certains d’entre eux vers cette nouvelle frontière en un tour d’horizon qui relève de l’effort de catégorisation. Celui-ci étant nécessairement non-exhaustif, n’hésitez pas à l’amender et à le compléter selon vos propres sensibilités.

L’analyse face-caméra

C’est le format consacré par Youtube : celui d’un individu qui propose une analyse en regardant l’internaute droit dans les yeux, et en s’adressant directement à lui. La logique d’incarnation qui infuse tout Internet joue ici à plein et notamment à travers l’utilisation du « je ».

Les exemples sont légions chez les Youtubeurs, mais bien plus rares dans les médias. C’est pourtant la transposition d’un exercice classique tant pour la radio que pour la presse, celui de l’édito.

On peut néanmoins citer l’exemple de Mediapart, qui a par exemple recruté le temps de la séquence électorale de 2017 le Youtubeur politique Osons Causer. Le dispositif technique est simple : une seule valeur de plan avec des jump cut pour dynamiser le montage et l’incrustation de certains éléments pour contextualiser le propos.La réussite du format tient à la capacité à créer de la proximité et de l’empathie avec l’internaute, et il faut donc ici souligner l’importance du personnage et de la scénarisation pour dépasser le simple format webcam dans la chambre.

C’est dans cette optique qu’on a imaginé Pop.com qui n’est finalement que la déclinaison d’une chronique radio, mais en adoptant les codes Youtube (incrustations, présence d’un deuxième personnage, fond vert…)

Le témoignage

Bien souvent Internet a rendu virales des interventions qui ne relevaient pas d’une propos strictement journalistique, mais qui touchaient soit pour l’authenticité de la parole délivrée, soit par une expertise rare. C’est en quelque sorte l’inverse d’une opinion, mais un discours qui s’appuie sur des expériences, en privilégiant le vécu.

L’Obs a ainsi développé un format, “Tranché” où des individus racontent certaines de leurs expériences (les thématiques abordées sont “des conseils anti-sexistes à l’éducation”, “l’homoséxualité dans les clubs de sport”), certaines de leurs indignations (“la disparition du café à cause du réchauffement climatique”).

La viralité du format dépend de la capacité du témoignage à toucher des aspects sociétaux qui sont identitaires pour certaines parties de la population. Le choix de certains régimes alimentaires ou de certaines pratiques de consommation assurent habituellement une belle performance. A France Inter, nous avions par exemple recueilli un témoignage de notre journaliste Géraldine Hallot sur la pollution à Fos-sur-mer qui avait énormément circulé sur les réseaux.

La vidéo textuelle

Sur les réseaux sociaux, la plupart des vidéos étant consommées sans le son, le format de la vidéo textuelle a connu un succès retentissant. Ici le texte prime sur l’image qui ne sert qu’à fin d’illustration.

NowThis et AJ+ ont popularisé le format depuis 2012, et en France, c’est Brut qui en a le mieux tiré profit. L’écriture se fonde sur la narration d’une histoire ou peut reprendre la structure des articles sous formes de top.

La popularité de ce format tient également au peu de ressources nécessaires à sa conception (par exemple à l’aide du logiciel Wochit) et aux audiences importantes qu’il génère, même si l’on constate une forme d’uniformisation de la production.

Voici un exemple à France Inter d’une vidéo d’information visuelle :

Si vous souhaitez connaitre les secrets de fabrication de telles vidéos, notez que l’agence Spintank avait produit un tuto.

Comme le note le bloggeur André Gunther, ce format est cependant controversé pour pousser à “l’industrialisation de la conflictualité”, et il suscite des parodies nombreuses.

Le live de terrain interactif

Avec l’avènement du live consécutif à la démocratisation des smartphones et de la 4G, les plateformes de direct de Twitter et Facebook (respectivement Periscope et Facebook Live) ont connu des succès d’audiences. Un événement est raconté en direct à l’aide généralement d’un dispositif léger de type smartphone et pour une durée généralement supérieure à 30 minutes.

Brut a par exemple misé sur Rémy Buisine qui s’était fait connaître pour ses Periscopes très suivis de Nuit Debout pour couvrir des évènements tels que des manifestations en région parisienne. A France Inter, nous vous avions proposer de suivre la marche pour la Science avec l’équipe de la Tête au carré en mars dernier.

L’explainer

Le format d’info le plus prisé est celui de l’explainer : il s’agit d’un fait d’actualité expliqué par une production hybride entre incarnation du journaliste en facecaméra et séquence d’animation pour illustrer le propos.

C’est en quelque sorte l’antithèse des articles de fake news : la présence corporelle humanise le propos et nourrit la confiance à l’égard de l’information.

Le Monde qui s’est lancé très tôt dans la transition vers du contenu informationnel vidéo produit des vidéos de ce type, mais on trouve des exemples aux Etats-Unis avec Vice, ou dans une version plus soigné avec Vox.

Chez Radio France, ce sont nos collègues de France Culture qui se sont le mieux emparés de ce format, avec une proposition très aboutie.

Les reportages légers

Il s’agit de documentaires ou de reportages. Ils ont été le contenu de prédilection d’un pure player tel que Vice qui lui a appliqué sa patte gonzo, mais sont désormais un classique du catalogue natif des médias traditionnels, notamment issus du papier. Le New York Times en produit depuis de nombreuses années quand en France Le Monde s’y est mis plus récemment.

L’étude avec “effet de loupe”

Avec Internet, des niches se sont constituées en rapprochant des gens aux goûts singuliers, généralement isolés les uns des autres, qui ont trouvé le moyen de se réunir. Certains sujets rarement traités dans les médias ont trouvé sur Internet une seconde jeunesse, profitant notamment de l’espace permis par des formats plus éclatés.

Ce format se caractérise par un ton volontiers didactique et exigeant pour l’internaute. Ici, il s’agit de développer une analyse à l’aide d’une voix-off qui commente des images servant d’illustration au propos. S’il regarde, c’est probablement que le sujet le passionne, autant pousser loin l’analyse et prendre son temps, puisqu’il n’y a pas de borne de durée. Le traitement fonctionne selon le principe de la loupe : un sujet est passé sous le microscope, décortiqué, expliqué dans ses moindres détails. C’est par exemple le cas des détails au cinéma (Arte), de la production de données sur un enjeu de société (Premières Lignes, France Télévision), de la rhétorique d’un personnage médiatique ou encore de chansons de rap.

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