J’ai testé la lampe psychédélique qui fait rêver éveillé

Illustrations par Sandro Rybak

Ordinateur-chaman

La machine sous laquelle je me suis allongé pendant une quarantaine de minutes dans le cabinet d’une thérapeute de Boulogne s’appelle une lampe hypnagogique (le terme, qui vient du grec, désigne un état de conscience transitoire entre le sommeil et l’éveil). Elle fonctionne en envoyant de la lumière pulsée sur le visage à l’aide de 12 leds ultra puissantes, placées en étoile. D’où son nom de PandoraStar, modèle commercialisé depuis 2015 par l’entreprise britannique du même nom.

Je ressors de l’expérience avec l’étrange sensation d’avoir été en quelque sorte “ mis à jour “, dans un étonnant renversement de la relation homme-machine

Une fois la lampe enclenchée, mes paupières à peine fermées, une multitude de couleurs défile à une vitesse vertigineuse, comme un vol de particules iridescentes. Je me retrouve plongé dans des quadrillages “ pixédéliques “ qui se modifient à mesure que les programmes s’enchaînent. Je trippe. L’ordinateur-chaman me balade dans une succession d’univers polymorphes. Au-delà de l’aspect visuel se joue autre chose, à un niveau plus enfoui, plus inconscient. Je ressors de l’expérience avec le sourire, fasciné de constater cette disposition enfouie dans mon cerveau, et avec l’étrange sensation d’avoir été en quelque sorte “ mis à jour “ par ce dispositif, dans un étonnant renversement de la relation homme-machine.

Défragmenteur de l’inconscient

Si l’on veut filer la métaphore informatique, on pourrait dire que là où l’ayahuasca, cette liane d’Amazonie aux effets hallucinogènes très intenses, relève du virus modifiant durablement le système d’exploitation, là où la méditation fait office de pare-feu contre les attaques par déni de service du bavardage mental, la lampe PandoraStar, elle, ressemble à un logiciel combinant un écran de veille aux formes ondulantes et un défragmenteur de disque nettoyant dans l’inconscient nos octets-mémoires. Et c’est à deux niveaux distincts mais complémentaires que fonctionne cette forme de sorcellerie du futur.

Comme l’ordinateur personnel ?

Si les lampes hypnagogiques commencent à faire quelques adeptes, c’est que leurs bienfaits seraient multiples. Des développeurs l’utilisent pour booster leur concentration, des artistes pour développer leur créativité, des médecins pour déstresser le personnel hospitalier, des curieux pour s’entraîner aux rêves lucides, et des méditants pour accéder à un état de calme intérieur.

“ Pour l’instant, il n’y a pas d’étude clinique faisant référence sur cette technologie “

Au-delà de ces aspects bénéfiques, la lampe serait précieuse pour traiter certains troubles psychologiques. Pourtant, la médecine traditionnelle, même si elle commence à s’intéresser aux vertus des substances psychédéliques (après un black-out de plusieurs décennies), considère encore cette technologie avec un certain détachement. “ Pour l’instant, il n’y a pas d’étude clinique faisant référence sur cette technologie , explique le docteur Raphaël Gaillard, professeur de psychiatrie à l’hôpital Saint-Anne, à Paris. Ce dernier reste néanmoins ouvert sur le sujet : “ Dans la panoplie des outils pour traiter la dépression, on compte déjà des appareils qui fonctionnent selon le principe de stimulation interne, comme la stimulation magnétique transcrânienne, donc pourquoi pas travailler à l’aide de dispositifs fonctionnant sur le principe de la stimulation externe.

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